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Zarafa la girafe |
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Lorsqu'en 1826, le vice-roi d'Egypte Méhémet Ali décide d'offrir au roi Charles X une girafe, il a pour objectif de réconcilier la France et l'Egypte qui sont en froid depuis la participation des Egyptiens à la répression menée par l'empire ottoman contre la tentative d'indépendance grecque. Depuis le début de la révolte en 1822, la France " philhéllenne " se passionne pour la cause de la Grèce. (1) Capturée dans le désert du Kordofan (aujourd'hui Soudan), embarquée à Sennar sur une felouque, la Girafe descendit le Nil Bleu jusque Khartoum, puis après Le Caire, arriva à Alexandrie. Elle quitta Alexandrie en direction de Marseille à bord d'un bateau spécialement aménagé, accompagnée d'un équipage tout aussi spécifique, comprenant notamment des vaches nourricières pour lui fournir les 25 litres de lait quotidien qui lui étaient nécessaires, la girafe arriva à Marseille en octobre 1826 où elle séjourna jusqu'aux beaux jours de l'année suivante. |
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C'est le naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire, professeur de zoologie au Muséum national d'histoire naturelle à Paris, créateur du Jardin des Plantes, et qui avait fait partie de la commission scientifique accompagnant l'expédition d'Égypte de 1798 qui fut chargé de diriger le cortège qui remonta la girafe à pied jusqu'à Paris. |
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La girafe suscita une grande curiosité tout au long de cette marche vers Paris, et à son arrivée une véritable girafomania (Olivier Lebleu « Les Avatars de Zarafa, chronique d'une girafomania 1826-1845 » (2)) s'empara de Paris. Gravures, estampes, céramiques, fers à repasser à l'effigie de la girafe, jusqu'aux femmes qui se coiffèrent « à la girafe ».(3) Le claviharpe, instrument inventé en 1819 fut « rebaptisé « piano-girafe » après l'arrivée à Paris de l'animal au long cou. ».(1)

http://boingboing.net/2008/12/07/piano-crossed-with-a.html
Installée au Jardin des Plantes en août 1827, la girafe du roi attira les foules les premiers mois. « Sa vogue est telle que sa haute silhouette, accompagnée de son cornac, est intégrée au moins dès 1830, à la galerie des trente-neuf personnages typiques du Carnaval de Paris, au même titre que Robert Macaire, Pierrot ou Polichinelle. Mais la population parisienne est rapidement blasée de ce qui l'avait tenu en haleine de si longs mois. Trois ans plus tard, Balzac écrivait : "la girafe n'est plus visitée que par le provincial arriéré, la bonne d'enfant désoeuvrée et le jean-jean simple et naïf. A cette leçon frappante, bien des hommes devraient sinstruire et prévoir le sort qui les attend. »" (4 et 4 bis). Après sa mort en 1845, elle fut naturalisée puis transférée en 1931, au Muséum d'histoire naturelle de La Rochelle où il est possible de la voir aujourd'hui.
Le voyage de cette girafe entre les deux rives de la Méditerranée,qui fut rebaptisée plus tard Zarafa (5), unique de par la nature du cadeau- première girafe vivante amenée en France- et de ses conditions de transport, a marqué aussi l'histoire culturelle de la France parce qu'il a à la fois donné naissance et accompagné les controverses scientifiques, politiques et commerciales du XIXe. Selon Erik Ringmar(6) la girafe représente l'animal exotique par excellence, et permet de comprendre comment les gens d'une certaine société concevaient à une certaine époque le monde extra-européen. Il prend pour exemples trois girafes, la première girafe présentée à Laurent de Médicis à Florence en 1486, la seconde à Charles X; et la troisième à Pékin en 1415 à l'Empereur. Pour lui le voyage de Zarafa préfigure la colonisation de l'Algérie en 1830 et permet de s'interroger sur les modes de représentation en vigueur. "L'idéologie est le tourniquet qui permet aux discours et aux actes de se prêter main-forte, et L'orientalisme raconte un chapitre des destins croisés du Pouvoir et du Savoir. Napoléon lit les orientalistes avant d'occuper l'Egypte, et l'un des résultats les plus palpables de cette invasion est un immense travail philologique et descriptif"(7)
Le voyage et le soin accordé à la girafe ne manquent pas de susciter la raillerie des opposants aux Bourbons : « Rien n'est changé en France si ce n'est qu'il s'y trouve une grande bête de plus » (8)
Les caricaturistes utilisent aussi la girafe : « Aussitôt connue, aussitôt adoptée et aussitôt utilisée. En effet, la caricature politique s'empara immédiatement de la silhouette dégingandée, si graphique et si originale : on glosait ainsi sur "la plus grande bête qu'on ait jamais vue" ou sur "le plus grand animal qui soit à Paris", en référence à la haute taille de l'impopulaire souverain. Dans ces charges transparentes, la girafe était affublée du bicorne et de l'uniforme richement soutachés que portait Charles X. » (4)

Grandville, Scènes de la
vie privée et publique des animaux, 1842 (4)
La girafe est aussi un objet d'étude scientifique, témoin
des querelles (9) de l'époque, comme la célèbre
controverse de 1830 entre Geoffroy Saint-Hilaire et Cuvier sur la notion d'unité
de plan du règne animal.
« Naturaliste français, Étienne
Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844) émet, à partir de 1796, l'idée
que tous les animaux sont constitués suivant un même plan d'organisation,
point de départ de ses quarante années de recherches. Cette notion
de plan unique dans le monde animal, qui se modifie au cours du temps, l'opposera
farouchement en 1830 à Georges Cuvier pour qui le règne animal
est divisé en quatre embranchements correspondant à autant d'organisations
différentes. » (10)
« Il est le premier savant à philosopher à partir de
l'anatomie comparée pour en faire la clé des lois scientifiques
humaines. Contrairement à Geoffroy Saint-Hilaire, Cuvier suit une démarche
intellectuelle différente en rompant cette vieille notion de continuité
du monde vivant ; il défend la variété de composition
chez les animaux. »
Enfin, la nouveauté selon Erik Ringmar (6) est l'exploitation
commerciale qui est faite autour de la girafe, au point qu'il est possible
de voir en cette girafomania une des premières illustrations de ce qui
est appelé aujourd'hui en marketing les produits dérivés.
Il faut noter que son voyage souleva à l'époque des questions
sur le commerce des girafes, qui existait déjà sous l'Empire romain.
« ..si la girafe fait figure de vedette dans le domaine des arts
graphiques, dans la réalité le sort de l'animal est rien moins
qu'enviable. » (4)
A Caen
Un projet pédagogique : Zarafa
la girafe, classe thématique de 6ème, 2011, collège Albert
Jacquard, Caen
Zarafa à la Canebière (Marseille)
Installée en 2009, à l'occasion des "
bouquinades ", une fête de quartier dédiée au livre,
Zarafa II avait son corps entièrement recouvert de livres et sa tête
nichée dans les arbres. Créée par l'artiste sculpteur/plasticien
Jean Michel Rubio, cette sculpture avait été en effet transformée
en Borne de Livre Échange
grâce à l'initiative du collectif ABC.
Puis elle a brulé lors des incidents qui ont suivi la parade de l'OM
en 2010. Les Marseillais se sont mobilisés et une nouvelle Zarafa
III et son girafon Marcel sont venus habiter la place Léon-Blum.
Elle inspire toujours les graveurs qui font fleurir des girafes de toutes les
couleurs sur les murs des quartiers voisins.
photo : Zarafa II
Dautres actions sont également prévues pour cette année
à Port Saint Louis, Paris et en Haute-Garonne.
https://www.facebook.com/pages/Zarafa-de-la-canebière/121740007906526
https://www.facebook.com/pages/Les-Amis-de-Zarafa-France/106031129427981
Collectif ABC : Le projet Tour de la Méditerranée
à la page
Le dossier de présentation
Projet itinérant autour du bassin Méditerranéen envisagé pour 2012-2013, Il sagit pour le collectif ABC de partager et faire évoluer la pratique de bornes de livre-échange en rencontrant des acteurs de la société civile, artistes, écrivains, enfants, étudiants, parents grâce à un projet commun de mise en place de ces bornes sur lespace public, pour que les personnes puissent se rencontrer et partager des moments simples dépanouissement personnel et collectif. Le but du projet étant de valoriser la diversité culturelle en Méditerranée mais aussi de promouvoir nos héritages communs dans une démarche de respect de lautre et de vivre ensemble.
Enfin, ce projet est relié à une réflexion sur la pluralité
culturelle dont pratiquement chaque individu, groupe et production humaine
est le reflet dans le contexte de mondialisation qui nous entoure. Comment
construit-on sa propre identité culturelle ? Quelles influences ?
Quelles adaptations ou interprétations déléments
de cultures exogènes reprend-on à son compte (soit intimement
soit au sein de notre groupe culturel)?
Quelle est la place du livre dans lunivers mental de nos contemporains
et comment ce contenant (lobjet = matériel) et ce contenu (lécrit/idées
= immatériel) se partage t-il aujourdhui ?
Le collectif est actuellement à la recherche de partenaires (villes,
artistes, universités, association).
Contacts :
Art Book Collectif Marseille : Maria et Henri Bertrandon, Jérémy
Bousquet abcmarseille@gmail.com
ABC Toulouse: Jean Michel Rubio, abctoulouse@gmail.com

Zarafa animée

Zarafa,
dessin animé pour enfants, réalisé par Rémi Bezançon
et Jean-Christophe Lie. Produit par Prima Linéa
et distribué par Pathé, sortie le 8 février 2012
Synospis
Sous un baobab, un vieil homme raconte aux enfants qui l'entourent, une histoire
: celle de l'amitié indéfectible entre Maki, un enfant de 10 ans,
et Zarafa, une girafe orpheline, cadeau du Pacha d'Égypte au Roi de France
Charles X. Hassan, prince du désert, est chargé par le Pacha de
conduire Zarafa jusqu'en France mais Maki, bien décidé à
tout faire pour contrarier cette mission et ramener la girafe sur sa terre natale,
va les suivre au péril de sa vie. Au cours de ce long périple
qui les mènera du Soudan à Paris, en passant par Alexandrie, Marseille
et les Alpes enneigées, ils vont vivre mille péripéties
et croiser la route de l'aéronaute Malaterre, des étranges vaches
Mounh et Sounh et de la pirate Bouboulina.
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Mosko et associés " portent bien leur nom. D'abord il y a les deux complices du pochoir, Michel Allemand et Gérard Laux. Vieux potes de travail, de peintures, de vie, qui sans façon depuis près de quinze ans recouvrent les murs parisiens de leurs animaux multicolores. Le message est simple : on veut du beau, de la gaieté, de la vie, là où il y a du laid, du sombre, des ruines. Et les ruines ils connaissent puisqu'ils viennent du quartier "rénové" de la Moskowa. Donc Mosko... Associés, parce qu'ils travaillent en bande, souvent avec d'autres artistes, comme Jérôme Mesnager, Nemo ou Hondo." Daniel Cresson Critères éditions
(1) Georges Poisson, « Histoire de la girafe », dans Le Courrier, UNESCO, vol. 39, no3, mars 1986, p7.
(2) Olivier Lebleu « Les
Avatars de Zarafa, chronique d'une girafomania 1826-1845 » (Arléa,
2006)
En s'installant à La Rochelle en 2003, l'écrivain-scénariste
Olivier LEBLEU est tombé en arrêt devant une belle girafe empaillée
au Muséum local. Une simple mention évoquait " la Girafe
du Roi ". Quelle girafe ? Quel roi ? Son livre " Les Avatars de Zarafa,
chronique d'une girafomania 1826-1845 " (Arléa, 2006), riche de
200 pages et de 110 illustrations, est un ouvrage de référence
sur cette anecdote animalière aux formidables répercussions, à
la fois politiques, scientifiques, religieuses, artistiques et commerciales.
Revue de presse
Jean-Noël Jeanneney, "Une
girafe en France" dans Connaissance des Arts,
janvier 2007
Albert Algoud, "Une girafe
superstar", Le Point, 10 mai 2007
Eliane Patriarca,"Zarafa la belle,
la girafomania gagne Paris", Libération,
18 septembre 2009
(3) Michele
Majer, « La Mode à la girafe: Fashion, Culture, and Politics
in Bourbon Restoration France », dans Studies
in the Decorative Arts, vol. 17, no 1, automne-hiver 2009-2010, p123161.
(4) Images
de la girafe, Bibliothèque André-Desguine
(4 bis) http://www.arlea.fr/Les-Avatars-de-Zarafa-premiere
(5) Girafe nom féminin étym. 1298
italien giraffa, de l'arabe zarafah Edition électronique,Le
Petit Robert de la langue française, 2011
Un
"f" ou deux ?
De Biberstein Kazimirski, Albin, Dictionnaire arabe-français
Le Kazimirski, Tome 1, Beyrouth, Dar Albouraq, 2004, p.986
Zarâfe, zarâffa, pl. zarâfât 1. Troupe d'hommes ( de
dix et au delà). 2. Seau avec lequel on puise l'eau pour les irrigations.
Zurâfa Menteur.
Zarrâfa, zarâffa et zurâfa, pl. zarâfî et zarârîf
Girafe
(6) Erik Ringmar, Audience
for a Giraffe: European Expansionism and the Quest for the Exotic Journal of
World History Vol. 17, No. 4 (Dec., 2006), pp. 375-397
Published by: University of Hawai'i Press
(7) Tzvetan Todorov, préface
à l'édition française, Edward W. Said, L'Orientalisme.
L'Orient créé par l'Occident, Le Seuil,
1980.
(8) Jean-Noël Jeanneney,
"Une girafe en
France" dans Connaissance des Arts, janvier 2007.
(9) E.
Geoffroy Saint-Hilaire & G. Cuvier, La Querelle des analogues,9Ed.
d'Aujourd'hui, Placide-la-Tour, 1983
(10) Encycloæedia Universalis, "Geoffroy
Saint-Hilaire Etienne (1772-1844)" par Jacqueline Brossolet, archiviste
documentaliste à l'Institut Pasteur, Paris
Pour aller plus loin..
Olivier Lagueux , "Geoffroy's
Giraffe: The Hagiography of a Charismatic Mammal" in
Journal of the History of Biology Vol. 36, No. 2 (Summer, 2003), pp. 225-247
Gabriel Dargaud Une
girafe pour le Roi, préface de G. Poisson,
Paris, 1985, - réédité en 2007 par Elytis Eds
Michael Allin, Zarafa:
A Giraffe's True Story, from Deep in Africa to the Heart of Paris,
Headline Book Publishing, Londres
Michael Allin (trad. Stephane Carn), La
Girafe de Charles X : Son extraordinaire voyage de Khartoum à Paris,
Jean-Claude Lattès, Paris, 2000
http://fr.wikipedia.org/wiki/Girafe_offerte_%C3%A0_Charles_X_par_M%C3%A9h%C3%A9met_Ali
Remerciements à Olivier Lebleu, au Collectif ABC, Mosko Associés
et Ahmad Dari.
Régulièrement sollicité pour des conférences et
des animations, Olivier Lebleu a ouvert son Blog (http://www.les-amis-de-zarafa.com/fr)
pour fédérer les hommes et les femmes de bonne volonté
autour d'une Zarafa devenue le symbole d'une ouverture culturelle entre Orient
et Occident, d'un esprit de tolérance et de curiosité, dans l'humour
et la bienveillance.